Le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) a lancé, le 8 août 2026 à Conakry, la cinquième édition du Prix littéraire international Williams Sassine. Un concours qui, cette année, fait la part belle aux voix féminines en plaçant l’accent sur « Femmes, mémoires et résistances » — une thématique qui dit beaucoup sur les ambitions de la Guinée en matière de reconnaissance culturelle.
Honorer Williams Sassine, écrivain de l’identité guinéenne
Le prix porte le nom de Williams Sassine, figure majeure de la littérature guinéenne du XXᵉ siècle. Cet écrivain, disparu en 1997, a marqué les lettres africaines par des romans exploration profonde de l’identité, de l’exil et des fractures de l’histoire postcoloniale. En appelant ce concours de son nom, le CIRD réaffirme une filiation : la Guinée ne renonce pas à ses auteurs fondateurs, elle les prolonge en ouvrant les portes à d’autres voix.
Depuis sa création, ce prix s’est inscrit dans une démarche de repérage des talents littéraires de la région et d’Afrique. Parvenir à la cinquième édition, dans un contexte où la publication et la visibilité des écrivains africains restent des enjeux majeurs, témoigne d’une continuité que peu d’initiatives culturelles réussissent à maintenir.
Les femmes, actrices invisibilisées de la littérature africaine
Le choix de dédier cette édition aux femmes répond à une réalité : celle du sous-représentation des autrices dans les prix littéraires et les histoires canoniques. En Afrique, où la tradition orale a longtemps été dominée par les griots et conteurs, l’arrivée des femmes à l’écriture formelle — et sa reconnaissance institutionnelle — constitue une rupture pédagogique majeure.
En plaçant « mémoires et résistances » au cœur du thème, le CIRD invite les autrices à explorer comment leurs aïeules ont navigué, survécu et créé dans des contextes de subordination. C’est un appel à l’introspection collective, doublé d’une valorisation des trajectoires féminines trop souvent reléguées aux notes de bas de page de l’histoire.
Un catalyseur pour l’industrie créative guinéenne
Au-delà de l’enjeu symbolique, ce prix représente une ressource concrète. Pour les autrices de Guinée, d’Afrique de l’Ouest et du continent, il offre une plateforme de visibilité, un prix crédible auprès des éditeurs et des lecteurs internationaux, et l’accès à un réseau d’écrivains et de critiques. C’est le type d’initiative qui, modestement mais régulièrement, contribue à muscler une scène créative locale.
La Guinée, malgré ses richesses patrimoniales et sa densité d’auteurs talentueux, peine à convertir ce potentiel en industrie éditoriale pérenne. Les prix littéraires jouent un rôle clé : ils légitiment, sélectionnent, inspirent les jeunes générations et attirent l’attention des éditeurs régionaux et internationaux.
Ce qui se joue maintenant
La qualité des candidatures reçues, la diversité géographique des participantes et la crédibilité du jury détermineront l’impact réel de cette édition. Pour que le Prix Williams Sassine continue de peser dans le paysage littéraire panafricain, il faudra aussi que les lauréates bénéficient d’une vraie aide à la publication et à la diffusion — pas seulement d’une reconnaissance symbolique.
À suivre : comment cette édition « Femmes, mémoires et résistances » redessine-t-elle les contours de la littérature guinéenne ? Et, surtout, combien d’autrices émergentes trouveront, grâce à ce prix, les portes de l’édition et de la critique qui leur restent, trop souvent, fermées.
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