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Agriculture

Cacao en Côte d’Ivoire : le Conseil café-cacao ferme le robinet, le secteur crie à l’opacité

Le Conseil café-cacao affirme avoir terminé son opération de rachat de stocks, mais le secteur denonce l'absence totale de transparence sur les volumes absorbés et les modalités de l'exercice.

Cacao en Côte d’Ivoire : le Conseil café-cacao ferme le robinet, le secteur crie à l’opacité

Le Conseil café-cacao (CCC) de Côte d’Ivoire affirme avoir bouclé son opération de rachat de stocks. Mais sept centrales syndicales du secteur dénoncent un flou total sur les volumes réellement absorbés et les modalités de l’exercice — une tension qui reflète des fractures bien plus larges dans la gouvernance de la filière ivoirienne.

Un engagement qui laisse des questions ouvertes

L’enjeu était simple en théorie : le CCC s’était engagé à racheter des milliers de tonnes de fèves de cacao stockées dans les magasins de coopératives, afin de dégager le marché et soulager les producteurs confrontés à une baisse des cours. L’opération devait fonctionner comme un amortisseur — l’État acheteur de dernier ressort, stabilisateur de prix.

Sauf que, selon les syndicats du secteur, des quantités substantielles restent encore en réserve. Le CCC, lui, assure que l’opération est « terminée ». C’est là que le bât blesse : aucun détail public sur le volume acheté, le prix unitaire appliqué, le calendrier de paiement ou les stocks résiduels certifiés.

Une opacité préjudiciable au secteur

Pour les coopératives et leurs membres, ce manque de transparence mine la confiance. Comment vérifier que les promesses ont été tenues ? Comment plaider pour un soutien supplémentaire si on ignore les chiffres de l’opération d’achat ? Les syndicats interpellent logiquement : publier les données, laisser l’audit indépendant vérifier, confronter la réalité aux annonces.

Cette opacité n’est pas anodine. La Côte d’Ivoire et le Ghana produisent ensemble plus de 60 % de la fève de cacao mondiale. Chaque intervention de régulation — ou son absence — se répercute sur les cours globaux. Un achat d’État opaque laisse planer le doute sur la pertinence réelle de l’outil et affaiblit la crédibilité du régulateur auprès des opérateurs du marché.

Un modèle de gouvernance à revoir

Le problème dépasse le seul opération de rachat. Il pointe un dysfonctionnement structurel : le CCC détient un mandat public crucial, mais opera sans obligation de rendre des comptes détaillés ni de soumettre ses décisions à un contrôle transparent. Les syndicats, censés représenter les producteurs, sont informés après coup — ou via des déclarations publiques, pas par des rapports formels.

D’autres pays cacaoculteurs, notamment le Ghana, ont progressé sur cette question : publication d’indicateurs réguliers, audits externes, consultations préalables avec les parties prenantes. La Côte d’Ivoire gagnerait à s’inspirer de ces pratiques, d’autant que ses producteurs — et ses exportateurs privés — ont besoin de visibilité pour planifier.

Enjeu immédiat : retrouver la confiance

Le CCC doit choisir : soit il diffuse sans délai un bilan complet de l’opération (volumes achetés, prix moyen, sources de financement, reste à écouler), soit il accepte une tierce partie indépendante pour auditer les registres. Les syndicats n’exigent pas l’impossible — juste les faits.

À l’arrière-plan, se joue un enjeu plus large : la pertinence même du CCC comme instrument de stabilisation. Si une opération destinée à soutenir les producteurs génère de la suspicion plutôt que de la confiance, elle perd son efficacité. Les producteurs ivoiriens méritent mieux qu’une politique cacaoyère opaque, surtout quand leurs revenus dépendent des décisions de l’État.

Les semaines à venir diront si le CCC accepte le dialogue ou s’il creuse encore le fossé avec le secteur. La Côte d’Ivoire, gestionnaire d’une richesse mondiale, ne peut se permettre cette incertitude.

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La rédaction de Fameen News

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