Le paiement mobile a radicalement transformé le paysage financier africain en moins de deux décennies, passant d’une innovation de niche à une infrastructure de marché incontournable. Selon les données de 2024, 61 % des adultes dans les économies à revenu faible et intermédiaire utilisent des services de paiement digitaux, contre environ 35 % dix ans plus tôt. En Afrique subsaharienne, la progression est marquée : 40 % des adultes possédaient un compte de mobile money en 2024, contre 27 % en 2021.
Un paradoxe entre détention et activité
Malgré ces avancées, le secteur fait face à un paradoxe majeur. Si l’année 2025 a vu le nombre de comptes enregistrés atteindre 2,3 milliards à l’échelle mondiale, pour plus de 2 100 milliards de dollars de transactions, l’usage réel reste limité. À peine un compte sur quatre est utilisé mensuellement. Pour les experts, le défi ne réside plus seulement dans l’accès, mais dans la capacité à transformer ces outils en instruments d’usage courant, réellement intégrés au quotidien des utilisateurs.
Les freins structurels et réglementaires
Le Fonds monétaire international (FMI) souligne qu’un environnement sécurisé, interopérable et concurrentiel est indispensable à la pérennité du secteur. Or, la disparité des cadres réglementaires africains ralentit le déploiement. L’absence de statuts juridiques spécifiques pour les établissements de monnaie électronique (EME) et des exigences d’identification parfois trop rigides freinent l’innovation et l’inclusion financière.
À cela s’ajoute une fracture numérique persistante. En 2025, seulement 21 % des populations rurales africaines utilisaient internet, contre 55 % des citadins. Le coût de la connectivité reste un obstacle majeur : un forfait mobile de 2 Go représente en moyenne 4,2 % du revenu national brut par habitant en Afrique, soit le taux le plus élevé au monde. Des disparités de genre et des besoins d’assistance technique — près de 30 % des titulaires de comptes en Afrique subsaharienne ne peuvent utiliser leur service sans aide — complètent ce tableau.
Vers une diversification des services
Le secteur amorce toutefois une mutation vers des services à plus forte valeur ajoutée. Les paiements marchands ont progressé de 42 % en 2025 pour atteindre 155 milliards de dollars. L’épargne mobile gagne également du terrain, avec 23 % des adultes en Afrique subsaharienne utilisant leur compte à cette fin en 2024. Des acteurs comme Orange Bank Africa, avec ses millions de clients en Côte d’Ivoire et au Sénégal, ou la plateforme aYo dans le secteur de l’assurance, illustrent le potentiel de cette diversification.
Sécurité et résilience face au cash
La persistance de l’usage du cash, malgré ses coûts cachés, et la montée des cybermenaces constituent les deux défis majeurs à venir. Avec une moyenne de 3 286 cyberattaques hebdomadaires enregistrées en Afrique au premier trimestre 2025, la protection des données et des fonds devient une priorité absolue. La mobilisation des régulateurs, à l’image des comités de suivi de la BCEAO dans l’UEMOA, est jugée essentielle pour adapter les cadres juridiques à la réalité du terrain et sécuriser cette transition numérique.





