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Musique

À Addis-Abeba, l’African Jazz Village ravive la flamme de l’éthio-jazz

Sous les pavés d'Addis-Abeba, l'African Jazz Village ravive l'éthio-jazz, genre musical singulier mêlant harmonies nord-américaines et gammes pentatoniques éthiopiennes. Un modèle d'industrie créative qui inspire bien au-delà du continent.

À Addis-Abeba, l’African Jazz Village ravive la flamme de l’éthio-jazz

Sous les pavés du Ghion Hotel à Addis-Abeba, quatre soirs par semaine, les notes d’une musique singulière montent d’un petit club souterrain. L’African Jazz Village n’est pas qu’un bar : c’est le dernier sanctuaire vivant de l’éthio-jazz, un genre musical qui a marqué les années 1960 et 1970 en Éthiopie et qui, après des décennies d’oubli, connaît une seconde jeunesse.

Un genre né du métissage harmonique

L’éthio-jazz n’est pas un emprunt passif aux États-Unis. C’est une création métissée : des musiciens éthiopiens ont pris les harmonies du jazz nord-américain et les ont épousées aux gammes pentatoniques traditionnelles éthiopiennes, créant une alchimie musicale unique. Le résultat ? Une musique mélancolique, hypnotique, reconnaissable entre mille, portée par des cordes vibrantes et des rythmes complexes.

Ce genre a éclos dans les années 1960, époque où Addis-Abeba était un centre intellectuel et culturel bouillonnant. Les musiciens de cette génération — parmi lesquels Mulatu Astatke, considéré comme le père fondateur de l’éthio-jazz — ont posé les fondations d’une identité sonore nationale. Leurs disques ont traversé les continents et inspiré des artistes bien au-delà de l’Afrique.

Une résurrection née de la nostalgie et du renouveau

Durant les années 1980 et 1990, l’éthio-jazz a presque disparu des radios et des scènes. Trop cher à produire, trop peu commercial, trop lié à une époque révolue : les causes de son déclin étaient multiples. Mais une vague de rééditions de disques rares — portée par des collectionneurs occidentaux fascinés par ce patrimoine oublié — a relancé l’intérêt international pour le genre. Les mélomanes, les DJ, les producteurs hip-hop ont redécouvert ces trésors discographiques. En Éthiopie même, une nouvelle génération de musiciens a décidé de faire revivre cette musique.

C’est dans ce contexte que l’African Jazz Village a ouvert ses portes, il y a environ une dizaine d’années. Le club se présente comme un espace de transmission : des artistes chevronnés côtoient des jeunes musiciens qui apprennent le métier en jouant aux côtés de leurs aînés. Mulatu Astatke lui-même y apparaît régulièrement, veillant sur ce foyer d’innovation et de mémoire.

Un modèle économique et culturel pour l’Afrique

L’African Jazz Village illustre une réalité souvent négligée : les industries créatives africaines ne se construisent pas seulement sur la création de nouveauté, mais aussi sur la valorisation du patrimoine. En créant un espace physique et régulier — quatre soirs par semaine —, le club transforme un genre musical en écosystème économique viable. Des musiciens gagnent leur vie, des touristes et des habitants locaux découvrent ou redécouvrent une musique authentique, et la fierté culturelle se renforce.

Ce modèle n’est pas spécifique à Addis-Abeba. En Guinée, au Sénégal, partout en Afrique de l’Ouest, des entrepreneurs culturels travaillent à ressusciter des traditions musicales oubliées ou menacées. Que ce soit en créant des salles de concert intimistes, des festivals saisonniers ou des écoles de musique, ils démontrent qu’il existe un marché pour l’authenticité.

Ce qui se joue maintenant

L’enjeu pour l’African Jazz Village — et pour tous les projets similaires sur le continent — est la pérennité. Comment maintenir un intérêt suffisant ? Comment attirer des investisseurs sans dénaturer l’essence du lieu ? Comment assurer la transmission aux générations futures, alors que la numérisation des plateformes de streaming redessine la consommation musicale ?

Pour le moment, chaque soir de musique au club est une victoire : celle d’une communauté qui refuse l’oubli et qui prouve que l’Afrique sait cultiver ses racines tout en se tournant vers l’avenir.

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La rédaction de Fameen News

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