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Société

Afrique du Sud : 70 ans après la marche de Pretoria, les conquêtes des femmes restent en suspens

Soixante-dix ans après la marche des femmes de Pretoria contre l'apartheid, l'Afrique du Sud a inscrit l'égalité des genres dans sa Constitution. Mais droits formels et réalités socioéconomiques restent profondément écartés : violences, chômage, inégalités salariales et exclusion financière persistent. Un défi qui traverse tout le continent africain.

Afrique du Sud : 70 ans après la marche de Pretoria, les conquêtes des femmes restent en suspens

Le 9 août 1956, plus de 20 000 femmes sud-africaines convergaient vers la présidence de Pretoria. Noires, blanches, métisses et indiennes unies — un geste rare sous l’apartheid — elles protestaient contre le laissez-passer, ce système de contrôle qui restreignait les déplacements des populations noires et fragmentait les familles. Soixante-dix ans plus tard, ce dimanche 9 août 2026, l’Afrique du Sud commémore cet acte de bravoure collective. Mais la trajectoire des droits des femmes noires demeure inégale : les victoires légales et constitutionnelles côtoient des réalités socioéconomiques qui les laissent encore vulnérables.

Une victoire légale, mais pas une égalité de fait

En 1994, la Afrique du Sud post-apartheid s’est dotée d’une Constitution parmi les plus progressistes du continent, inscrivant l’égalité des genres et l’interdiction des discriminations. Le mois d’août est devenu officiellement le Mois du Bien-être des Femmes et de la Commémoration de la Marche de Pretoria. Sur le papier, les femmes sud-africaines jouissent de droits substantiels : accès à l’éducation, représentation politique croissante, lois contre les violences domestiques.

Pourtant, l’écart entre droit et réalité demeure abyssal. Les violences sexuelles persistent à des taux alarmants. Le chômage féminin reste structurellement plus élevé que celui des hommes. Les femmes noires, en particulier, concentrent les inégalités : salaires inférieurs, accès limité aux postes de direction, poids disproportionné du travail de soins non rémunéré. La Constitution a ouvert une porte ; elle n’a pas suffi à la franchir collectivement.

Un combat qui s’étend au-delà des frontières

Cette tension résonne bien au-delà de Pretoria. Partout en Afrique, des institutions continentales reconnaissent le chemin restant à parcourir. La Commission de l’Union africaine, basée à Addis-Abeba, et le Protocole de Maputo — adopté en 2003 par l’Union africaine pour garantir les droits des femmes — incarnent cet engagement formel. Pourtant, sa mise en œuvre reste inégale d’un pays à l’autre. En Guinée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire comme en Afrique du Sud, les chiffres du travail décent, de l’éducation secondaire achevée et de la participation économique des femmes stagnent ou progressent lentement.

La CEDEAO, Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, s’est engagée à promouvoir l’égalité des genres et à harmoniser les droits. Mais sans mécanismes d’application contraignants et sans ressources budgétaires suffisantes, ces résolutions restent souvent déclaratives. Les femmes continuent à supporter une charge inégale dans l’accès à la propriété foncière, au crédit bancaire et à l’entrepreneuriat formel.

L’entrepreneuriat et l’autonomie économique : le défi concret

Ce que les femmes sud-africaines de 1956 réclamaient — une pleine humanité, une citoyenneté entière, la maîtrise de leur mobilité — se traduit aujourd’hui en termes d’accès économique. Autonomie financière, propriété d’actifs, leadership entrepreneurial : ces leviers restent fermés ou partiellement ouverts pour une majorité de femmes noires.

En Afrique de l’Ouest, les initiatives se multiplient — incubateurs dédiés aux femmes entrepreneures, microfinance genrée, programmes de formation en compétences numériques. Mais elles restent fragmentées, insuffisamment financées et rarement intégrées à une stratégie continentale cohérente.

Ce qui doit changer maintenant

La commémoration de 2026 doit servir de catalyseur. Non pas une célébration de 70 ans de progrès, mais un diagnostic lucide : les femmes noires d’Afrique du Sud et du continent disposent de droits sur parchemin, mais non encore du pouvoir économique et social pour les exercer pleinement. Transformer cette réalité exige des gouvernements africains, de la CEDEAO, de l’Union africaine et du secteur privé des investissements massifs et soutenus — dans l’éducation des filles, dans l’accès au financement entrepreneurial, dans la transformation numérique inclusive, et dans l’application stricte des lois contre la discrimination.

La marche de 1956 a brisé le silence. Celle de 2026 doit briser les barrières qui restent.

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La rédaction de Fameen News

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