Moment, la plateforme panafricaine de paiements, vient de boucler une levée de fonds de 22 millions de dollars en série A, trois ans seulement après sa création. Un signal fort que les investisseurs misent massivement sur la consolidation des infrastructures de paiement numérique du continent.
Cette levée, menée par AlphaCode Venture Partners, réunit aussi General Catalyst, MultiChoice et le nouvel arrivant Canal+. Depuis sa fondation, Moment a levé 55 millions de dollars au total — un montant considérable pour un acteur du secteur des paiements en Afrique, qui reste fragmenté et hautement compétitif.
Pourquoi les paiements panafricains restent un enjeu critique
En Afrique de l’Ouest comme ailleurs sur le continent, les transactions transfrontalières demeurent coûteuses, lentes et souvent opaques. Un entrepreneur guinéen qui souhaite payer un fournisseur au Sénégal, un créateur de contenu qui reçoit des revenus d’une plateforme basée en Afrique du Sud, un PME importatrice qui règle ses achats au Nigeria — tous font face à des frais de conversion et des délais qui grèvent la rentabilité.
Moment s’attaque précisément à ce nœud : créer une infrastructure de paiement unifiée, capable de traiter des transactions d’un pays africain à un autre sans passer par des intermédiaires extérieurs ni par les circuits bancaires traditionnels saturés. C’est un angle différent de celui des portefeuilles mobiles à usage intra-pays (M-Pesa, Orange Money, etc.) : il s’agit ici de connecter les marchés entre eux.
Une fenêtre ouverte sur l’ambition panafricaine
La diversité des bailleurs de fonds en dit long sur l’attrait du projet. AlphaCode apporte l’expertise en levée de fonds de croissance. General Catalyst, fonds américain de premier plan, valide la scalabilité du modèle. MultiChoice, géant sud-africain des médias et du divertissement numérique, et Canal+, groupe français présent en Afrique, signent une vision commune : les paiements numériques fluides sont la colonne vertébrale du commerce numérique continental.
Pour les entrepreneurs africains, notamment en Guinée, le message est clair : les solutions « made in Africa » pour les problèmes du continent attirent des capitaux de premier ordre. Les investisseurs ne cherchent plus à plaquer des modèles occidentaux ; ils financent ceux qui pensent africain.
L’argent frais au service de la vitesse
Moment annonce utiliser ces 22 millions de dollars pour accélérer le développement de sa plateforme de paiements continentaux. Concrètement, cela signifie probablement : élargir les corridors de change couverts, réduire les délais de règlement, améliorer la couche technologique et renforcer les partenariats avec des banques et opérateurs de paiement locaux dans chaque pays.
C’est un investissement dans l’infrastructure, pas dans le marketing agressif. Moment comprend qu’en Afrique, gagner la confiance des institutions financières formelles et des acteurs du commerce est plus lucratif que de cumuler les millions de petits utilisateurs.
Le défi qui attend
Moment n’est pas seule sur ce marché. Wipro, Remitly, Chipper Cash et bien d’autres jouent dans des segments proches. La vraie épreuve : transformer ce capital en adoption massive par les petites et moyennes entreprises, les prestataires de services et les institutions financières de la région.
Pour les décideurs en Guinée et dans les pays voisins, cette levée pose une question : comment intégrer une plateforme continentale de paiements dans sa chaîne de valeur ? Et pour les startups locales, c’est une leçon : résoudre un problème africain d’envergure continentale attire des ressources que concentrer sur un seul marché national ne permettrait jamais de mobiliser.





