Le débat sur l’avenir du franc CFA au sein de l’UEMOA gagne en profondeur. Loin de se limiter à une alternative binaire entre maintien ou sortie du système actuel, une nouvelle réflexion, portée par Lo Ciré Gaydel, propose d’orienter le débat vers la notion de « souveraineté monétaire productive ». L’enjeu est de déterminer comment le système monétaire peut agir comme un levier concret pour l’industrialisation, la création d’emplois et le financement de l’activité économique.
Au-delà de la stabilité monétaire
Si la stabilité monétaire demeure un pilier indispensable pour protéger les revenus et instaurer la confiance des investisseurs, elle ne garantit pas, à elle seule, la transformation structurelle des économies. Un système peut afficher une monnaie stable tout en faisant face à une dépendance accrue aux importations et à un financement limité des petites et moyennes entreprises (PME). La question posée est donc celle de la contribution du cadre monétaire au développement productif, tout en préservant le pouvoir d’achat et la stabilité des prix.
Libéraliser les mécanismes de financement
Pour soutenir la production, Lo Ciré Gaydel suggère de renforcer l’articulation entre le système financier et les besoins réels des secteurs agricole et industriel. Cette approche repose sur plusieurs axes :
- Refinancement ciblé : Mettre en place des dispositifs de refinancement bancaire basés sur des critères de performance tels que la création de valeur locale, le potentiel d’exportation et la maturité des projets.
- Adaptation aux cycles économiques : Reconnaître que les besoins de financement varient selon les secteurs, qu’il s’agisse d’infrastructures ou d’agro-industrie, pour mieux accompagner les investissements de long terme.
- Coordination accrue : Favoriser une synergie entre les autorités monétaires, les États et les institutions de développement pour mobiliser les ressources nécessaires à la transformation économique.
Réévaluer le régime de change
La parité fixe entre le franc CFA et l’euro, bien qu’elle offre une prévisibilité dans les échanges avec la zone euro, limite la flexibilité face aux chocs économiques. L’auteur souligne que la structure des importations ouest-africaines, provenant de zones monétaires diversifiées, rend cette parité parfois inadaptée aux impératifs de compétitivité locale. Il préconise donc une étude rigoureuse comparant les coûts et les bénéfices de différents régimes de change, sans pour autant prôner une dépréciation systématique.
Vers une gouvernance transparente
La souveraineté monétaire productive s’appuie enfin sur une maîtrise collective des choix monétaires. Cela implique un débat démocratique sur les objectifs de politique monétaire et une gouvernance institutionnelle transparente. L’objectif est de transformer la monnaie en un instrument au service du développement, en s’appuyant sur des données probantes et une évaluation constante des politiques menées.





