L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) tient son assemblée annuelle à partir de juillet 2026 en Jamaïque. Au-delà de son profil institutionnel discret, cette organisation des Nations unies arbitre actuellement l’un des débats les plus cruciaux pour l’avenir économique et environnemental du continent africain : l’exploitation minière des grands fonds marins.
Un enjeu stratégique pour l’Afrique
Les fonds marins renferment des minéraux essentiels — manganèse, cobalt, nickel, terres rares — indispensables à la transition énergétique mondiale et à la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Or, de nombreux États côtiers africains possèdent des zones économiques exclusives riches en ces ressources. Cette proximité positionne le continent comme acteur incontournable des négociations à venir.
L’exploitation en eaux profondes présente une opportunité économique majeure pour les pays africains : revenus de licences, emplois directs et indirects, transfert technologique potentiel. Cependant, elle soulève aussi des questions cruciales d’ordre environnemental et de durabilité à long terme.
Les enjeux pour les côtes africaines
Les pêcheries côtières et marines demeurent vitales pour la sécurité alimentaire et l’économie de nombreux pays africains. La Guinée, le Sénégal, la Namibie et d’autres nations côtières dépendent fortement de leurs ressources halieutiques. L’exploitation minière des fonds marins pourrait impacter les écosystèmes et, par ricochet, les stocks de poissons dont dépendent des millions de personnes.
D’autre part, les pays africains détenteurs de minéraux côtiers pourraient tirer parti d’un cadre réglementaire international clair pour valoriser leurs ressources sous-marines de manière responsable et rémunératrice.
Un positionnement diplomatique à affirmer
À l’AIFM, les États africains disposent d’une voix collective susceptible d’influencer les règles de gouvernance de cette activité. Leur capacité à former un bloc et à négocier des normes environnementales strictes — tout en sécurisant des bénéfices économiques — sera déterminante. La question n’est pas de bloquer l’exploitation, mais de s’assurer que l’Afrique en soit un bénéficiaire équitable et que les impacts écologiques soient maîtrisés.
Plusieurs pays africains, notamment producteurs de minérais terrestres, pourraient aussi voir leur position politique affectée par le développement d’une alternative minière en eaux profondes. C’est un élément du calcul géostratégique.
Innovation et cadre régulateur
L’Afrique doit investir dans la capacité technique de suivi environnemental et de supervision de ces opérations. Des partenariats avec des organismes de recherche, des investissements en infrastructure de contrôle et une expertise scientifique locale seraient des atouts majeurs pour exercer une autorité crédible sur ses ressources marines.
Les gouvernements africains doivent aussi engager le dialogue avec les communautés côtières et les secteurs de la pêche traditionnelle, afin de construire une politique minière marine qui protège les gagne-pain présents tout en ouvrant des opportunités futures.
À retenir
L’exploitation minière des fonds marins est un nouveau chapitre des enjeux énergétiques et technologiques globaux. L’Afrique, riche de ressources maritimes et de côtes stratégiques, a la possibilité de peser sur les règles du jeu. Le succès dépendra de sa capacité à négocier un équilibre entre croissance économique et préservation des écosystèmes — une ambition centrale du développement durable africain.





