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Économie

Tunisie-France : transformer les envois de la diaspora en moteur d’innovation et d’emploi

La diaspora tunisienne génère 7,8 milliards de dinars annuels en remises. Mais ces transferts masquent une fuite de talents. Pour transformer cet enjeu, il faut créer les conditions pour que les expatriés qualifiés puissent investir leurs compétences, pas seulement leur argent.

Tunisie-France : transformer les envois de la diaspora en moteur d’innovation et d’emploi

Chaque été, les villes tunisiennes s’animent du retour des expatriés. Ce mouvement saisonnier génère un flux financier massif : près de 7,8 milliards de dinars tunisiens — environ 2,3 milliards d’euros — selon les chiffres de la Banque centrale tunisienne. Un poids économique considérable pour un pays qui dépend fortement de ces transferts. Mais cette manne demeure largement sous-exploitée. La vraie question n’est pas comment attirer davantage d’argent de l’étranger, mais comment transformer la mobilité des cerveaux en création d’emplois durables et en transfert technologique.

Des remises qui masquent une fuite de talents

Les remises de la diaspora tunisienne figurent parmi les plus importantes du Maghreb en proportion du PIB. Elles financent la consommation des ménages, soutiennent des petits projets et absorbent une part des déficits commerciaux du pays. C’est un stabilisateur social indispensable. Pourtant, ce système révèle une réalité moins reluisante : la Tunisie perd ses talents. Les médecins, ingénieurs et entrepreneurs qualifiés qui s’installent en France ou ailleurs n’ont souvent pas trouvé en Tunisie les conditions — salaires, infrastructure, cadre réglementaire — pour exercer pleinement leurs compétences.

Pour les entreprises tunisiennes et les décideurs publics, le défi est inverse : comment retenir ou récupérer ces talents ? Comment les inciter à investir dans leur pays d’origine, pas seulement à y envoyer de l’argent ?

Vers un écosystème de mobilité réversible

Certains modèles émergent en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Au lieu de considérer l’émigration comme une perte définitive, des pays comme le Maroc et la Côte d’Ivoire expérimentent des cadres d’accueil pour les expatriés : visas de longs séjours facilités, statuts d’investisseur préférentiels, accès à des fonds de capital-risque réservés à la diaspora, ou encore des pôles technologiques « hub diaspora ».

La logique est simple : un Tunisien établi à Paris qui revient lancer une startup ou former des jeunes entrepreneurs apporte non seulement ses économies, mais aussi son expérience, ses réseaux internationaux et sa légitimité professionnelle. Une expertise qu’on ne peut pas acheter avec des devises.

L’exemple à méditer pour la Guinée et la région

La Guinée et l’ensemble de la sous-région ouest-africaine font face à des enjeux identiques. Des centaines de milliers de professionnels qualifiés vivent en Occident. La diaspora guinéenne, sénégalaise et ivoirienne envoie chaque année plusieurs milliards de dollars — des montants stratégiques pour les économies locales, mais figés dans un rôle de pourvoyeur de cash plutôt que de facteur de développement endogène.

Pour la Tunisie comme pour l’Afrique de l’Ouest, les leviers existent : simplification des démarches administratives pour créer une entreprise, fiscalité incitative pour les investisseurs de la diaspora, reconnaissance professionnelle des diplômes acquis à l’étranger, programmes de mentorat ou de consulting rémunéré pour cadres expatriés, et surtout, création de pôles d’innovation urbains où ces talents peuvent opérer.

Des chiffres qui interrogent l’efficacité du modèle actuel

L’enjeu macroéconomique est majeur : si la Tunisie parvenait à capter ne serait-ce que 5 % de son potentiel de mobilité — en ramenant au pays, même temporairement, une fraction de ses expatriés en tant qu’entrepreneurs, consultants ou investisseurs — cela représenterait un multiplicateur économique bien supérieur aux simples transferts d’argent. Chaque emploi créé par un entrepreneur de la diaspora génère des impôts, des contributions sociales, de la consommation locale et un effet de réseau.

Le vrai test sera moins les chiffres des envois que le nombre de startups lancées, d’usines créées, ou de contrats de consulting signés grâce à des Tunisiens revenant investir leurs compétences. Ce changement de paradigme — passer de la rente migratoire à l’économie de la connaissance circulante — dépend avant tout de la volonté politique et de la capacité à créer un écosystème attractif. Pour la Tunisie comme pour toute l’Afrique, c’est le vrai enjeu des années qui viennent.

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La rédaction de Fameen News

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