Le Cameroun accumule un problème structurel qui pèse lourdement sur son développement économique : des prêts consentis par des bailleurs de fonds publics et privés restent largement sous-utilisés, tandis que les projets censés les mobiliser traînent ou s’enlisent.
Cette situation révèle un décalage croissant entre les ambitions affichées par Yaoundé et sa capacité à exécuter les programmes d’investissement. Les taux de décaissement — la part effective des fonds empruntés qui sont réellement dépensés — se situent bien en deçà des attentes, créant une accumulation de capital théorique mais pratiquement inaccessible aux entreprises et citoyens qui en auraient besoin.
Des conséquences concrètes sur le terrain
Pour les entrepreneurs camerounais, cette paralysie des investissements publics signifie moins de marchés publics, moins d’infrastructure de base et moins d’opportunités de croissance. Les routes restent insuffisantes, les ports opèrent sous-capacité, et les zones industrielles manquent d’équipements de base — autant de frictions qui renchérissent les coûts de production et réduisent la compétitivité.
Pour les citoyens, l’enjeu est tout aussi direct : services publics dégradés, accès limité à l’électricité, à l’eau, aux transports et aux infrastructures médicales. L’éducation et la formation professionnelle, clés de la mobilité sociale, ne bénéficient pas des investissements planifiés.
Pourquoi les projets s’enlisent
Plusieurs facteurs expliquent ce blocage. D’abord, la lenteur administrative : les procédures de passation de marchés, de validation technique et de démarrage restent laborieuses, même lorsque le financement est assuré. Ensuite, les défis de gouvernance — capacités d’exécution limitées au sein des ministères et agences, manque de suivi rigoureux des calendriers, absence de transparence sur l’avancement réel des travaux.
S’ajoutent les contraintes techniques : certains projets nécessitent des études préalables longues, des acquisitions foncières complexes ou des arbitrages environnementaux. Enfin, les questions de viabilité financière posent problème : des projets sont approuvés sans certitude qu’ils généreront les revenus attendus pour assurer leur remboursement.
L’avertissement des bailleurs
Fatigués d’attendre, certains partenaires financiers commencent à brandir la menace d’annulation de leurs prêts ou de réorientation vers d’autres pays. C’est un signal d’alarme pour le Cameroun : perdre la confiance des bailleurs réduit l’accès futur au financement concessionnaire, forçant le pays à emprunter à des taux commerciaux plus élevés et fragilisant davantage les finances publiques.
Vers une solution d’exécution
Pour inverser cette dynamique, le Cameroun doit se concentrer sur trois axes : renforcer les capacités de pilotage des projets (formations, outils de suivi numériques, responsabilisation claire), accélérer les procédures administratives sans sacrifier la rigueur, et établir une communication transparente auprès des bailleurs sur les obstacles et les calendriers réalistes.
Cette situation camerounaise offre une leçon instructive pour toute l’Afrique de l’Ouest : avoir accès à du financement n’est que la moitié de la bataille. La vraie richesse réside dans la capacité à transformer cet argent en routes, en écoles, en hôpitaux, en emplois. C’est cela qui change les économies et les vies.





