La Guinée franchit une nouvelle étape dans la transformation de son secteur de l’élevage. Alpha Bacar Barry, nommé à la tête du ministère de l’Élevage, a officiellement pris ses fonctions avec un programme ambitieux : faire de l’élevage un pilier compétitif de l’économie nationale, capable de générer une richesse durable et d’attirer les investissements privés.
Un secteur stratégique pour la croissance économique
L’élevage représente un enjeu économique majeur pour la Guinée. Le secteur emploie des centaines de milliers de personnes, du pastoral nomade aux petits éleveurs sédentaires, et contribue significativement aux revenus ruraux. Pourtant, la filière reste largement dominée par des pratiques extensives, peu productives, et vulnérable aux chocs climatiques et aux maladies animales.
Cette situation limite non seulement la compétitivité des produits guinéens sur les marchés régionaux et internationaux, mais restreint aussi les revenus des éleveurs et les recettes fiscales de l’État. Dans un contexte où la Guinée cherche à diversifier son économie au-delà de l’exploitation minière, moderniser l’élevage devient stratégique.
Modernisation et investissements : le double pari du ministère
La nouvelle orientation du ministère repose sur deux piliers complémentaires. Le premier concerne l’adoption de techniques modernes : amélioration génétique du cheptel, gestion sanitaire renforcée, traçabilité des produits et accès à des marchés à meilleure valeur ajoutée (viande de qualité, produits laitiers transformés, cuirs certifiés).
Le second pilier vise à mobiliser le secteur privé. Plutôt que de compter sur les seuls investissements publics — souvent insuffisants et mal orientés — le ministère entend créer un environnement favorable aux entrepreneurs locaux et aux investisseurs, y compris étrangers, désireux de développer des chaînes de valeur dans l’élevage. Cela signifie simplifier les procédures administratives, offrir des incitations fiscales ciblées, et sécuriser les droits fonciers pour l’élevage commercial.
Conséquences concrètes pour les éleveurs et l’économie
Si cette stratégie se concrétise, les retombées pourraient être importantes. Les petits éleveurs pourraient accéder à des services d’appui (vétérinaires, alimentation animale améliorée, crédit) groupés ou subventionnés. Les entreprises de transformation (laiteries, boucheries certifiées, tanneries) créeraient des emplois secondaires dans les zones rurales et périurbaines. L’État augmenterait ses rentrées fiscales via les entreprises modernisées et formalisées.
À l’échelle régionale, une Guinée produisant de la viande et des produits laitiers de qualité exportable renforcerait sa position dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), où la demande est forte et croissante.
Défis à relever
Cependant, la modernisation ne doit pas sacrifier les millions d’éleveurs pastoraux et de petits agriculteurs-éleveurs qui vivent de ce secteur. Un risque existe : que les investissements bénéficient surtout aux acteurs commerciaux formels, au détriment des plus pauvres. Le succès dépendra donc d’une approche inclusive, associant formation, accès au crédit abordable, et protection des droits pastoraux traditionnels.
La Guinée dispose d’atouts : un climat favorable à l’élevage, un cheptel important (estimé à plusieurs millions de têtes), et une demande interne forte. La question est de savoir si la volonté affichée se traduira en actions concrètes et budgets alloués, et si les partenaires privés répondront à l’appel.





