Nommée ministre de la Pêche et de l’Économie maritime par décret présidentiel, Fatima Camara a officiellement pris ses fonctions le 29 juillet 2026, lors d’une cérémonie de passation avec son prédécesseur, Fassou Théa. Ce retour à la tête d’un département qu’elle connaît bien intervient à un moment critique : la Guinée doit transformer un secteur clé de son économie, actuellement fragilisé par la pêche illicite, l’absence d’infrastructure moderne et le potentiel sous-exploité de l’aquaculture.
Un secteur stratégique, des enjeux économiques concrets
Le secteur halieutique contribue de manière significative aux finances publiques guinéennes et au revenu des communautés côtières. Selon les données officielles, la pêche représente une source d’emploi directe et indirecte pour plusieurs millions de Guinéens, particulièrement dans les régions maritimes. Or, les pertes liées à la pêche illicite — navires étrangers opérant sans autorisation ou au-delà des quotas — creusent un manque à gagner considérable : des ressources halieutiques disparaissent sans générer de revenus fiscaux, tandis que les pêcheurs locaux voient leurs stocks s’appauvrir.
Pour les petits exploitants et les communautés de pêcheurs artisanaux, cette situation crée une concurrence déloyale et une baisse des captures, directement liée à une baisse des revenus familiaux. Pour l’État, l’absence de contrôle coûte en licences non perçues, droits d’accès non acquittés et revenus fiscaux perdus — autant de ressources qui pourraient financer l’éducation, la santé ou l’infrastructure locale.
Trois axes de transformation
La ministre entend concentrer ses efforts sur trois leviers interconnectés.
Lutte contre la pêche illicite. Un renforcement du contrôle côtier et de la surveillance en mer est indispensable pour protéger les eaux territoriales guinéennes. Cela passe par une meilleure dotation en équipements de surveillance, une coordination accrue avec les autorités portuaires et, potentiellement, des partenariats régionaux ou internationaux pour tracer et dissuader les navires contrevenants. L’impact ? Une récupération progressive des revenus perdus, une reconstitution des stocks et une protection des moyens de subsistance des pêcheurs locaux.
Développement de l’aquaculture. La Guinée dispose de conditions climatiques et hydrographiques favorables à l’élevage du poisson et à la culture marine. Contrairement à la pêche sauvage, l’aquaculture offre un modèle économique contrôlable, créateur d’emploi et de revenus prévisibles. Les entreprises aquacoles — petites ou moyennes — peuvent transformer les zones côtières pauvres en pôles de croissance. Pour cela, il faut des aides à l’installation, une formation technique et l’accès à des intrants (alevins de qualité, aliments pour poisson).
Infrastructure portuaire et logistique. Sans quais modernes, sans installations de froid et de transformation, le poisson capturé ou élevé perd de la valeur et se détériore. L’investissement dans les ports de pêche, les usines de transformation et les chaînes de froid est un multiplicateur économique : il crée des emplois non-pêcheurs (transport, transformation, commerce), augmente la valeur ajoutée locale et ouvre l’accès aux marchés régionaux et internationaux.
Un contexte africain favorable
Plusieurs pays africains côtiers — Maroc, Sénégal, Afrique du Sud — ont démontré qu’une gestion rigoureuse de la pêche couplée à un investissement en aquaculture génère une croissance durable. Ces modèles montrent que la transition d’une économie de pêche prédatrice vers une économie halieutique maîtrisée prend du temps, mais porte ses fruits en 5 à 10 ans.
Le début d’un mandat décisif
Fatima Camara hérite d’un agenda ambitieux, mais réalisable. Le succès dépendra de la cohérence des politiques, de la disponibilité des financements et de la collaboration avec les collectivités, le secteur privé et les partenaires au développement. Pour les citoyens et les entrepreneurs, cela signifie : des opportunités de création d’entreprise dans l’aquaculture, une meilleure stabilité des prix du poisson, des emplois plus nombreux et mieux rémunérés dans la transformation, et une meilleure sécurité alimentaire.





