Le paiement électronique transforme les économies d’Afrique centrale. Avec 3,74 milliards de transactions en 2024, le mobile domine largement les flux financiers de la région — une explosion qui reflète l’appétit des citoyens pour des services rapides et accessibles, mais qui soulève des questions de stabilité et de contrôle.
Face à cette croissance vertigineuse, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) s’engage dans une mission d’envergure : bâtir un cadre réglementaire inédit pour mieux encadrer ce marché devenu stratégique. L’enjeu ne relève pas du purisme administratif — il touche à la sécurité financière des citoyens, à la santé des institutions bancaires et à la capacité des États à collecter les impôts sur ces flux.
Un marché en pleine redéfinition
La région Cemac — composée de six pays (Cameroun, Gabon, Tchad, Congo, Guinée équatoriale, République centrafricaine) — a vu son secteur fintech et mobile money exploser ces dernières années. Cette transformation répond à une réalité : la plupart des citoyens africains n’ont pas accès à un compte bancaire traditionnel, mais disposent d’un téléphone mobile. Les services de paiement par mobile offrent une porte d’entrée vers l’économie formelle.
Pour les commerçants, les travailleurs indépendants et les entrepreneurs, ces solutions permettent de recevoir des paiements sans frais exorbitants, de constituer un historique financier et d’accéder progressivement au crédit. Pour les familles, elles facilitent l’envoi de remises entre régions et pays — un flux vital qui représente une source de revenu majeure.
Pourquoi réglementer ?
Cependant, une croissance sans garde-fous comporte des risques. Le blanchiment de capitaux, le financement d’activités illicites, la fraude et l’instabilité financière peuvent prospérer dans des zones grises réglementaires. De plus, sans supervision adéquate, les opérateurs privés peuvent adopter des pratiques déloyales — frais cachés, manque de transparence, absence de recours en cas de litige.
Pour les États, l’enjeu est aussi budgétaire : les transactions mobiles échappent souvent à la fiscalité formelle, réduisant les revenus publics indispensables aux investissements en santé, éducation et infrastructure.
Le nouveau cadre de la Cemac : ambition et défis
Le régulateur de la Cemac prépare un cadre qui repensera les licences, les normes de sécurité, la protection des consommateurs et la lutte contre la fraude. Cet effort vise à professionnaliser le secteur sans l’étouffer — un équilibre délicat.
Cette initiative s’inscrit dans une tendance continentale. Plusieurs régulateurs africains ont adopté ou sont en train d’adopter des normes similaires, reconnaissant que la fintech ne peut pas se développer sainement dans l’improvisation.
Implications pour les citoyens et les entreprises
Pour le consommateur moyen, une meilleure régulation signifie davantage de sécurité, des protections claires et des voies de recours en cas de problème. Pour les petites entreprises et entrepreneurs, cela peut ouvrir l’accès à des services formalisés et reconnus par les banques, facilitant ainsi l’accès au crédit.
Pour les opérateurs honnêtes, la régulation élimine la concurrence déloyale et renforce la confiance dans l’écosystème. Pour les États, elle crée les bases d’une meilleure collecte fiscale et d’une meilleure surveillance macroéconomique.
Le défi demeure : mettre en place ces régulations sans freiner l’innovation et sans exclure les populations les plus pauvres — celles qui dépendent précisément des services mobiles. La Cemac entre dans une phase critique où ses choix réglementaires détermineront si la révolution fintech bénéficie largement à la région ou enrichit seulement quelques acteurs.





