La mairie de Conakry a tranché une controverse qui agitait le marché de Gbèssia Rond-point en fixant un prix officiel unique pour les tickets d’accès : 2 000 francs guinéens (GNF). Cette décision intervient après plusieurs jours de mobilisation des commerçantes, qui contestaient les modalités de gestion fiscale depuis la nomination de nouveaux responsables à la tête de l’administration du marché.
Un conflit autour de la fiscalité locale
Le cœur du différend résidait dans la gestion quotidienne de la taxe d’accès au marché. Après le changement de direction, les commerçantes ont dénoncé une absence de clarté sur le montant exact à acquitter, générant des frictions entre l’administration du marché et les vendeuses. Cette situation illustre une problématique plus large dans les marchés urbains africains : l’absence de mécanismes transparents de collecte fiscale au niveau local.
Les commerçantes ont décidé de descendre dans la rue pour exprimer leur frustration face à ce qu’elles considéraient comme une gestion opaque. Confrontée à cette pression, la mairie de Conakry a choisi de publier une directive fixant le montant unifié à 2 000 GNF par ticket d’entrée journalière, mettant ainsi un terme à l’improvisation tarifaire.
Un signal pour une meilleure gouvernance locale
Cette intervention des autorités municipales revêt une portée symbolique importante : elle démontre que la mobilisation citoyenne, même au niveau d’un marché local, peut contraindre les institutions à clarifier leurs règles de fonctionnement. En Afrique de l’Ouest, où les marchés constituent les poumons économiques des villes, une telle transparence est souvent réclamée mais rarement obtenue.
La fixation d’un tarif unique présente plusieurs avantages. Elle réduit les possibilités de corruption au niveau des points de contrôle, harmonise le coût d’exploitation pour toutes les vendeuses, et facilite la programmation budgétaire pour les commerçantes informelles. Elle contribue également à renforcer la légitimité des administrations marchandes auprès des opérateurs économiques.
Formalisation et cadre CEDEAO
Ce type de conflit et sa résolution s’inscrivent dans une dynamique plus large d’amélioration de la gouvernance économique au sein de l’espace CEDEAO. L’organisation régionale, qui réunit quinze États membres en Afrique de l’Ouest, promeut depuis plusieurs années une meilleure formalisation des petits commerces et une fiscalité plus transparente, éléments clés pour la mobilisation de ressources locales.
Le marché de Gbèssia, avec ses milliers de vendeuses et son volume d’échanges quotidiens, constitue un maillon crucial de l’économie informelle conakraise. Des marchés comparables existent dans tous les pays de la sous-région — Dakar, Accra, Abidjan, Ouagadougou — et tous font face à des défis similaires de gestion et de formalisation progressive.
Enjeux et perspective
La décision de la mairie de Conakry pose néanmoins des questions de suivi. Comment sera appliquée cette directive ? Quel contrôle garantira que le prix unifié n’est pas contourné par des frais additionnels officieux ? Comment les revenus collectés seront-ils réinvestis dans l’amélioration des infrastructures du marché ?
Ces points de vigilance ne diminuent pas le progrès réalisé. L’établissement d’une norme tarifaire claire représente un pas vers une meilleure institutionnalisation des marchés urbains africains, où l’économie informelle reste le premier pourvoyeur d’emplois et de revenus pour des millions de citadins.
Pour les commerçantes de Gbèssia, ce prix de 2 000 GNF devient désormais la référence officielle. La suite dépendra de la capacité de la mairie et des responsables du marché à honorer cet engagement de clarté et de régularité.




