Les chiffres impressionnent : 5,9 milliards de francs CFA (environ 10,2 milliards USD) d’échanges commerciaux entre la Chine et les six pays de la CEMAC au premier semestre 2026. Pourtant, sous cette surface scintillante se cache une réalité moins reluisante — celle d’une relation commerciale asymétrique qui profite davantage aux exportateurs chinois qu’aux économies d’Afrique centrale.
Des chiffres qui masquent un déséquilibre croissant
Le volume total est certes impressionnant, mais il faut d’abord le contextualiser. Ces 10,2 milliards USD représentent les flux dans les deux sens : exportations chinoises et importations de Chine en provenance de la CEMAC. Or, la structure de ces échanges raconte une histoire bien moins flatteuse pour les six États membres — Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.
La Chine exporte massivement vers ces pays des produits manufacturés, des équipements lourds et des biens de consommation, tandis que la CEMAC vend principalement des matières premières — pétrole, bois, minerais — dont les prix fluctuent au gré des marchés mondiaux. Cette spécialisation crée une dépendance structurelle : les économies centrafricaines demeurent prisonnières d’un modèle exportateur de ressources brutes, sans création de valeur ajoutée locale.
Pour les citoyens et entreprises, des conséquences concrètes
Quel impact sur le quotidien des Centrafricains ? D’abord, une pression sur les devises locales et les réserves de change. Plus la CEMAC importe de Chine sans créer d’industries transformatrices, plus elle dépense ses réserves en dollars et en euros. Résultat : moins de ressources pour investir dans l’éducation, la santé ou les infrastructures locales.
Pour les petits entrepreneurs et PME de la région, la concurrence avec les produits chinois bon marché est féroce. Les artisans, commerçants et petits manufacturiers centrafricains peinent à trouver leur place face à des importations subventionnées et ultra-compétitives en prix. Les marges se réduisent, l’emploi local stagne, les savoir-faire traditionnels s’érodent.
La leçon ouest-africaine : diversifier avant que ne s’aggrave la dépendance
L’Afrique de l’Ouest, dont la Guinée, connaît les mêmes enjeux. Mais certains pays ont commencé à riposter par des politiques d’industrialisation locale, d’appui aux PME et de valorisation des matières premières sur le continent. La question pour la CEMAC : comment transformer ces volumes d’échanges en leviers de création d’emploi et de capacités productives locales ?
Sans réorientation stratégique — investissements dans la transformation industrielle, formation technique, appui aux chaînes de valeur régionales — le partenariat CEMAC-Chine restera un échange inégal : la Chine gagne en débouchés et en approvisionnement en matières premières, tandis que les pays centrafricains restent enfermés dans un rôle de fournisseurs de ressources.
Ce qu’il faut surveiller
Les mois à venir seront décisifs. Les gouvernements de la CEMAC choisiront-ils de négocier des contrats incluant des clauses de transformation locale, de transfert de technologie ou de création d’emploi ? Ou laisseront-ils ces flux massifs s’écouter sans trace durable dans leurs économies ? Le partenariat sino-africain peut être fructueux — mais seulement s’il est assorti de conditions qui renforcent les capacités productives locales, plutôt que de les affaiblir.




