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Économie

Manuel Moses : comment l’Atidi transforme le financement des infrastructures africaines

Ingénieur reconverti en assureur de risques politiques, Manuel Moses dirige l'Atidi, l'institution clé qui garantit les grands projets d'infrastructure africains. Avec un projet de doublement du capital à 2 milliards de dollars, l'enjeu est de débloquer les financements qui font défaut au continent.

Manuel Moses : comment l’Atidi transforme le financement des infrastructures africaines

Financer une autoroute en Guinée, un barrage au Cameroun ou un port en Afrique du Sud n’est pas qu’une question de béton et d’acier. C’est un pari sur la stabilité politique, la capacité de remboursement d’un État, les risques de guerre ou de nationalisation. C’est précisément ce créneau que l’Atidi (Atid Insurance) occupe depuis sa création : assurer les grands projets d’infrastructure contre les risques politiques que les assureurs classiques refusent de couvrir.

À la tête de cette institution multilatérale, Manuel Moses incarne une trajectoire atypique. Ingénieur civil de formation, il a quitté la technique pour la finance, persuadé que les vrais chantiers africains bloquent faute non pas de plans, mais de capitaux et de confiance.

Un assureur pour débloquer les investissements

L’enjeu est crucial : les pays africains ont besoin d’environ 170 milliards de dollars par an en investissements d’infrastructure pour rester compétitifs et créer les emplois attendus par une jeunesse en explosion démographique. Or, les investisseurs institutionnels — fonds de pension, assurances, banques de développement — rechignent à financer des mégaprojets en Afrique subsaharienne, tant la perception du risque politique reste élevée. Le gap de financement se creuse.

L’Atidi joue le rôle d’intermédiaire de confiance. Elle émet des garanties politiques : si un gouvernement nationalise un projet ou cesse d’honorer ses engagements contractuels, l’assureur indemnise l’investisseur. Ce mécanisme rassure les bailleurs de fonds étrangers et crée les conditions pour que des milliards puissent circuler vers des routes, des ports, des lignes de transmission électrique.

Doubler le capital pour accélérer

L’ambition affichée par Manuel Moses est claire : porter la base de capital de l’Atidi de 1 milliard à 2 milliards de dollars. Cela signifierait multiplier par deux la capacité de garantie de l’institution, donc élargir drastiquement le portefeuille de projets couverts et, par effet domino, les investissements qui se concrétisent sur le terrain.

Pour un citoyen guinéen ou ouest-africain, ce renforcement capitalistique se traduit en termes concrets : des routes moins onéreuses à construire, des délais réduits, des tarifs d’électricité plus prévisibles, des ports plus rapides et moins coûteux. Un projet d’infrastructure qu’on hésite à lancer faute de financement devient financièrement viable.

L’angle de l’ingénieur

Ce qui distingue Manuel Moses, c’est qu’il n’est pas un financier pur. Son passé d’ingénieur civil lui permet de comprendre les risques techniques et opérationnels que d’autres assureurs ignorent. Il sait ce qu’implique de construire en Afrique : les défis de chaîne d’approvisionnement, les délais météorologiques, la complexité des droits fonciers. Cette double compétence rend ses évaluations de risque plus nuancées et, surtout, plus justes — ni trop pessimistes ni naïves.

Un modèle sous surveillance

Reste la question de la soutenabilité. L’Atidi doit équilibrer deux logiques : rester assez prudente pour préserver son capital et sa notation de crédit, tout en prenant assez de risques pour financer les projets qui feront vraiment bouger l’aiguille en Afrique. Trop conservative, elle devient un musée. Trop agressive, elle accumule les sinistres.

La route vers 2 milliards de dollars passe par des levées de fonds auprès de gouvernements, de banques multilatérales et d’investisseurs privés convaincus que le secteur des infrastructures africaines est devenu assez mature pour générer des rendements intéressants.

Ce qui se joue ici dépasse un seul assureur : c’est toute la capacité du continent à se financer lui-même, sans attendre qu’on lui accorde un crédit.

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La rédaction de Fameen News

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