La course au secrétariat général des Nations unies s’accélère. Le successeur d’António Guterres sera désigné en octobre, et les votes indicatifs qui s’enchaînent depuis juillet permettent aux 193 États membres d’affiner leurs préférences. Verdict pour l’Afrique : les deux candidats du continent ne percent pas comme prévu.
Deux candidatures africaines en difficulté
Le Sénégalais Macky Sall et l’Ougandais Olara Otunnu brigent le poste. Selon les analyses des observateurs de la diplomatie mondiale, le premier se trouve dans la situation la plus délicate. Les votes indicatifs révèlent un manque de soutien consolidé parmi les membres permanents du Conseil de sécurité et les puissances moyennes, essentielles pour franchir les différentes étapes de sélection.
Cette difficulté de l’ancien président sénégalais contraste avec les attentes initiales. À titre de leader d’une nation côtière stratégique et de figure de proue de la diplomatie africaine contemporaine, Sall semblait posséder les atouts nécessaires. Or, le contexte actuel des relations internationales — marqué par les tensions géopolitiques, les blocs concurrents et les agendas nationaux divergents — rend l’émergence d’un consensus sur un candidat africain exceptionnellement complexe.
Enjeux structurels pour le continent
L’absence d’un secrétaire général africain aurait des répercussions sur la représentation du continent aux plus hauts niveaux de la gouvernance mondiale. L’ONU reste le forum où se négocient — ou devraient se négocier — les grands enjeux de développement, de sécurité, de financement climatique et d’accès aux ressources qui concernent directement l’Afrique. Un leader du continent à cette position amplifierait la voix africaine sur ces dossiers.
Pour les économies comme celle de la Guinée ou du Sénégal, la capacité à influencer les architectures multilatérales détermine l’accès aux financements concessionnels, la participation aux négociations commerciales et la priorité accordée aux enjeux de stabilité régionale. Un secrétaire général africain aurait théoriquement le pouvoir de réorienter les priorités de l’organisation vers les défis majeurs du continent : financement de la transition énergétique juste, appui aux économies fragiles, médiation dans les crises de sécurité.
Le calendrier et les prochaines étapes
Les votes informels doivent se poursuivre jusqu’en septembre et octobre. Ils servent de baromètre avant le scrutin formel qui désignera le gagnant. Traditionnellement, les veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) peuvent bloquer une candidature. L’absence de soutien fort de ces acteurs clés explique en partie la fragilité des candidatures africaines actuelles.
Macky Sall devra renforcer ses alliances diplomatiques et clarifier sa vision pour l’organisation dans les semaines décisives. Olara Otunnu, moins connu sur la scène internationale, fait face à un défi de visibilité similaire.
Ce qui se joue au-delà du scrutin
L’enjeu n’est pas simplement symbolique. Un secrétaire général du continent aurait pu agir comme catalyseur pour des réformes de l’architecture multilatérale — un besoin régulièrement exprimé par les États africains, notamment sur la représentation au Conseil de sécurité. Son absence affaiblit, une fois de plus, la capacité collective du continent à remodeler les institutions globales à son avantage.
À suivre : l’évolution des alliances au cours des votes de septembre et la clarification des alternatives sérieuses pour le poste. Le continent ne disposera peut-être pas d’une voix unique et amplifiée à la tête de l’ONU, mais cette bataille révèle les fractures et les priorités divergentes qui divisent l’Afrique elle-même sur la scène mondiale.




