Le capital-risque africain franchit une étape supplémentaire. La société panafricaine Enza Capital, forte d’une expérience de sept années sur le continent, annonce le lancement d’un fonds exclusivement consacré aux startups spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA). Cette initiative vise à soutenir les entreprises qui intègrent cette technologie au cœur de leur modèle économique.
Une stratégie axée sur les contraintes locales
Pour Mike Mompi, associé gérant d’Enza Capital, l’IA représente un basculement technologique majeur. La firme, qui a déjà réalisé 75 investissements dans 47 entreprises à travers neuf pays africains, souhaite transformer les défis du continent en opportunités. Plutôt que de chercher à rivaliser avec les modèles mondiaux, qui exigent des capitaux colossaux, Enza Capital mise sur « l’avantage de la contrainte ».
Cette approche privilégie des solutions adaptées aux réalités africaines :
- Des outils vocaux capables de gérer l’alternance linguistique et les langues locales pour les utilisateurs ne sachant pas lire.
- Des modèles optimisés pour fonctionner avec des données locales et dans des zones à connectivité irrégulière.
- Des produits conçus pour être efficaces malgré des ressources limitées.
Trois piliers pour la sélection des startups
La thèse d’investissement d’Enza Capital repose sur une sélection rigoureuse. Les entreprises retenues doivent démontrer une connaissance approfondie de leur marché et posséder des avantages compétitifs durables, tels que des données propriétaires ou des canaux de distribution établis. La maîtrise des coûts opérationnels est également un critère déterminant, la firme privilégiant les sociétés capables de maintenir des marges solides malgré les dépenses liées à l’inférence des modèles.
La structure d’investissement se décline en trois couches : l’infrastructure, les plateformes et les applications. Si les applications offrent une mise sur le marché plus rapide et moins coûteuse, elles exigent une différenciation forte pour résister à la concurrence. À l’inverse, les couches d’infrastructure nécessitent des investissements plus lourds, mais offrent des barrières à l’entrée plus élevées.
Un écosystème en pleine croissance
Enza Capital revendique aujourd’hui onze investissements dans des startups « AI-native » et prépare une douzième opération. Parmi les entreprises accompagnées figurent notamment Hakimu AI, qui développe des outils pour le secteur judiciaire en Afrique de l’Est, Aethex AI, spécialisée dans les modèles de langues locales, et WideBot, une plateforme égyptienne de gestion de dialectes arabes. Le fonds soutient également des solutions d’infrastructure comme Guidewheel, ainsi que des acteurs de la cybersécurité tels qu’Orca Fraud et Buguard.
Pour Mike Mompi, la priorité reste avant tout l’humain. « Les fondateurs comptent toujours le plus », souligne-t-il, insistant sur la nécessité pour les entrepreneurs de maîtriser leur marché pour se démarquer dans un secteur où la création de prototypes devient de plus en plus accessible.



